Quand les enfants dessinent la nature : une vision faussée de la faune et de la flore ?

Quand les enfants dessinent la nature : une vision faussée de la faune et de la flore ?

Kate Howlett, University of Cambridge

Les livres et les émissions de télévision destinés aux enfants sont pleins d’animaux. Mais dans quelle mesure les enfants ont-ils une juste connaissance de la nature ?

La grande majorité des espèces animales connues, soit 96,9 % d’entre elles, sont des invertébrés, comme les insectes, les escargots, les araignées et les vers. Pourtant, quand mes collègues et moi-même avons demandé à des enfants de dessiner les animaux de leur environnement, la plupart d’entre eux ont représenté des mammifères ou des oiseaux.

Voilà qui suggère un décalage entre la manière dont les enfants perçoivent la faune et la flore et la réalité du monde qui les entoure. Si nous ne nous penchons pas sur ce problème, nous risquons de laisser perdurer cette vision biaisée de la nature, ce qui aura des répercussions sur les efforts déployés pour lutter contre la perte de la biodiversité et le changement climatique.

Dessin d’enfant représentant une chouette, un hérisson, une mésange bleue et un rouge-gorge
Dessin réalisé par un enfant quand on lui demande de représenter les animaux de son jardins. Kate Howlett, CC BY-SA

Nous avons demandé à plus de 400 enfants âgés de 7 à 11 ans, sous la supervision de leurs enseignants, de dessiner leur jardin ou leur parc local et de nommer tous les animaux qui y vivent d’après eux. Nous avons recueilli 401 dessins au total. Nous avons compté le nombre de types d’animaux différents représentés, et relevé ceux qui ont été dessinés le plus ou le moins souvent. Nous avons constaté que les dessins des enfants ne reflétaient pas très bien la composition du monde naturel. 80,5 % d’entre eux contenaient au moins un mammifère et 68,6 % au moins un oiseau. Dans le monde extérieur, cependant, seuls 4,7 % des espèces animales décrites par la science sont des vertébrés, tels que les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les poissons.

Un enfant dessine les plantes et les animaux de son jardin
Un enfant dessine les plantes et les animaux de son jardin. Howlett, Turner, 2023, PLOS ONE, CC BY-SA

Un tiers des dessins ne contenait pas le moindre invertébré. Et lorsqu’on a demandé aux participants de nommer les créatures qu’ils avaient représentées, ils se sont avérés bien moins aptes à délivrer des informations détaillées sur les insectes et autres invertébrés. Alors qu’ils pouvaient souvent désigner des espèces spécifiques de mammifères et d’oiseaux, c’était rarement le cas pour ces animaux plus petits et méconnus.

Nombreux sont les enfants qui ont par exemple été capables d’identifier un oiseau comme étant un rouge-gorge. Pour les insectes, l’équivalent pourrait être de reconnaître un papillon amiral rouge. Mais, en général, les papillons ont seulement été désignés par le terme « papillon ».

Des préjugés sur la nature à prendre en compte

Ce biais fait écho à ceux que nous avons précédemment identifiés dans les documentaires sur la nature, qui traduisent eux-mêmes la tendance humaine à accorder plus d’attention aux espèces plus grandes et plus charismatiques, qui ressemblent davantage à l’homme qu’aux invertébrés.

Dessin d’enfant représentant un renard
Dessin de renard. Kate Howlett, CC BY-SA

Cela peut avoir des conséquences sur les fonds attribués à la conservation des espèces. Les animaux que nous considérons comme plus intéressants reçoivent des niveaux de soutien plus élevés. Or, les insectes et autres invertébrés jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes mondiaux, et ont besoin que nous unissions tous nos efforts pour les protéger si l’on veut lutter contre le changement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité.

Nous savons que les enfants qui passent du temps dans la nature deviennent des adultes soucieux de l’environnement. Mais beaucoup grandissent sans nouer de véritable relation avec la faune et la flore environnantes, quand bien même l’on sait que le contact de la nature leur fait du bien.

A child’s drawing of their back garden, with animals and plants labelled
Dessin d’un enfant représentant son jardin, en étiquetant animaux et plantes. Kate Howlett, CC BY-SA

Dans de nombreux pays, les enfants ont beaucoup moins de liberté que par le passé pour se promener et jouer librement autour de chez eux. En Grande-Bretagne, par exemple, le temps de jeu en extérieur a été divisé par deux par rapport à la génération de leurs parents.

Il n’est pas non plus inéluctable que les enfants s’intéressent en priorité aux mammifères, c’est un phénomène en réalité très lié à l’accent que la culture met sur les mammifères et les oiseaux. Les parents et les enseignants peuvent aider les enfants à développer une bonne vision d’ensemble du monde naturel en les aidant à observer de plus près la faune.

Comment parler d’animaux invertébrés aux enfants

Quand vous êtes à l’extérieur avec votre enfant, vous pouvez tout à fait contribuer à élargir sa compréhension du monde vivant – et stimuler cette prise de conscience écologique dont nous avons besoin pour le futur.

Autour du mois de juillet, par exemple, vous pourrez peut-être apercevoir des chenilles noires et poilues sur les orties, qui correspondent aux chenilles de l’Amiral rouge, du Paon-du-jour ou de la Petite tortue.

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Retournez n’importe quelle brique ou pierre et vous aurez toutes les chances d’y trouver des cloportes. Les femelles transportent leurs petits dans une poche située sur leur ventre, comme les kangourous. Les enfants seront amusés d’apprendre que les cloportes peuvent boire par leurs fesses.

Les libellules et les demoiselles sont faciles à repérer et leur vol est impressionnant et rapide. Elles sont également d’excellents indicateurs de la qualité de l’eau. En effet, leurs nymphes – la jeune forme larvaire – vivent sous l’eau et ont besoin d’une eau claire pour pouvoir chasser.The Conversation

Kate Howlett, PhD candidate in Zoology, University of Cambridge

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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